En 2026, la France compte près de 29 % de personnes de plus de 60 ans. Le vieillissement de la population n’est plus une perspective lointaine : c’est notre réalité quotidienne. Pourtant l’âgisme pèse lourdement sur notre société. Ce préjugé, cette discrimination liée à l’âge, reste l’une des plus répandues et des moins dénoncées. Selon une grande enquête Harris Interactive menée en 2024 pour le Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge, deux Français sur trois estiment que notre société est âgiste. Plus d’un senior sur dix déclare avoir déjà été victime de comportements discriminants, le plus souvent dans l’espace public.
L’âgisme n’est pas une simple question de politesse ou de respect des anciens. C’est un véritable problème de société qui nous appauvrit tous, à tout âge. Il est temps de le regarder en face et d’agir, ensemble.
Qu’est-ce que l’âgisme, concrètement ?
L’Organisation mondiale de la Santé définit l’âgisme comme l’ensemble des stéréotypes, des préjugés et des discriminations dont sont victimes les personnes en raison de leur âge. Il peut se manifester de façon directe, par des remarques blessantes ou des comportements infantilisants, mais aussi de manière plus insidieuse : dans les offres d’emploi, les politiques d’entreprise, les représentations médiatiques ou même dans le regard que nous portons sur nous-mêmes en vieillissant.
On entend encore trop souvent des phrases comme : À ton âge, tu devrais… , Laisse, c’est trop compliqué pour toi ou : Tu es encore en forme pour ton âge . Ces petites phrases, répétées chaque jour, finissent par éroder la confiance et limiter les possibilités de chacun. L’âgisme touche trois niveaux : les relations entre les personnes, les institutions (entreprises, administrations, médias) et, parfois, notre propre regard sur le vieillissement.
La France face à l’âgisme : un constat sans concession

En 2025, le Conseil de l’âge et la Commission nationale consultative des droits de l’homme ont tiré la sonnette d’alarme. Douze ans après un premier rapport, force est de constater que les avancées concrètes restent limitées malgré de nombreux discours. Le taux d’emploi des 55-64 ans a certes progressé pour atteindre 58,4 % en 2023, mais il reste inférieur à la moyenne européenne. Surtout, le chômage de longue durée frappe durement les seniors : près de 80 % des chômeurs de plus de 50 ans cherchent un emploi depuis plus d’un an.
L’âgisme se cache aussi dans les stéréotypes tenaces : on imagine encore trop souvent les personnes âgées comme dépendantes, rigides ou privilégiées . Pourtant, la réalité est tout autre. Des millions de seniors restent actifs, engagés, créatifs et contribuent chaque jour à la vie économique, associative et familiale de notre pays. L’enquête Harris Interactive révèle un paradoxe troublant : 75 % des Français ne se considèrent pas personnellement âgistes… tout en reconnaissant que la société l’est largement.
Les conséquences : un coût humain et économique énorme
L’âgisme ne reste pas sans effet. Les personnes qui en sont victimes voient souvent leur confiance en elles s’effriter, leur santé mentale se dégrader et leurs opportunités se réduire. Dans le monde du travail, beaucoup renoncent à postuler, à évoluer ou même à rester en poste. Au-delà des souffrances individuelles, c’est toute la société qui perd : talents gaspillés, expérience non transmise, fracture entre les générations et surcoûts pour notre système de protection sociale.
Le vieillissement démographique peut être une formidable opportunité si nous savons l’accompagner. Mal accompagné, il devient un frein. C’est pourquoi il est urgent de changer de regard.
Ce que dit la loi : des protections existent, mais elles doivent être mieux connues
La France dispose d’un cadre juridique clair. L’article 225-1 du Code pénal interdit toute discrimination fondée sur l’âge et prévoit des sanctions pouvant aller jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. Le Code du travail protège également contre les discriminations à l’embauche et dans la carrière. Ces textes s’appliquent aussi bien dans l’emploi que dans l’accès aux biens et services.
Pourtant, beaucoup de seniors ignorent leurs droits ou hésitent à les faire valoir, découragés par la difficulté de prouver la discrimination. Le Défenseur des droits reste une ressource précieuse et gratuite pour accompagner les victimes. La loi existe. Il faut maintenant qu’elle vive pleinement dans les mentalités et les pratiques.
Comment lutter contre l’âgisme ? Les pistes concrètes pour 2026
Le Conseil de l’âge a proposé en 2025 un plan d’action structuré autour de quatre grands axes. Ces pistes méritent d’être connues et mises en œuvre rapidement.
Le premier axe consiste à mieux mesurer et comprendre l’âgisme. Il faut un baromètre national régulier pour suivre l’évolution des mentalités et des discriminations. Le deuxième axe vise à transformer les représentations : changer le langage, bannir les stéréotypes dans les médias et la publicité, et montrer des images positives et diversifiées des seniors. La Semaine Bleue 2025, avec son beau slogan Vieillir : une force à partager ! , a déjà montré la voie.
Le troisième axe encourage la participation active des seniors dans la société, que ce soit par le bénévolat, le mentorat intergénérationnel ou l’engagement associatif. Enfin, le quatrième axe appelle à adapter nos politiques publiques à la longévité : revoir certains seuils d’âge rigides, former les professionnels aux biais inconscients et intégrer dès l’école une éducation positive au vieillissement.
Ces orientations sont à la fois ambitieuses et réalistes. Elles nécessitent l’engagement de tous : pouvoirs publics, entreprises, médias et citoyens.
Ce que vous pouvez faire, vous aussi
Chacun d’entre nous a un rôle à jouer. Si vous êtes senior, osez refuser les remarques âgistes avec calme et dignité. Restez visible, transmettez votre expérience, engagez-vous dans des projets qui vous tiennent à cœur. Formez-vous, restez curieux, montrez que l’âge n’est pas une limite mais une richesse accumulée.
Si vous êtes dirigeant ou manager, formez vos équipes aux biais inconscients, valorisez l’expérience dans vos recrutements et créez des binômes intergénérationnels. Les entreprises qui osent miser sur la mixité des âges en sortent gagnantes.
En tant que parent ou grand-parent, parlez positivement du vieillissement devant les enfants. Organisez des moments partagés entre générations. Chaque geste compte : un compliment sincère, une invitation, un regard bienveillant.
Vers une société où l’âge est une force
L’âgisme nous diminue tous. Il nous prive de la sagesse des uns et de l’énergie des autres. À l’inverse, une société qui valorise toutes les générations devient plus solidaire, plus innovante et plus humaine.
En 2026, nous avons les outils, les connaissances et la volonté collective pour changer la donne. Les propositions du Conseil de l’âge, les campagnes comme la Semaine Bleue et la prise de conscience croissante des Français dessinent un chemin d’espoir.


