Aider ses parents tout en préparant sa retraite

Ils ont entre 50 et 65 ans, ils sont encore en pleine activité professionnelle et, souvent, ils élèvent encore (ou aident) leurs propres enfants. Et pourtant, c’est vers leurs parents âgés que se tourne aujourd’hui leur énergie. On les appelle la Génération Sandwich. Pris en étau entre deux générations qui ont besoin d’eux, ils jonglent avec le travail, la vie de famille et l’accompagnement d’un parent en perte d’autonomie. Un équilibre fragile qui génère fatigue, culpabilité et parfois épuisement.

Le témoignage de Laurent, 61 ans, entrepreneur à Lyon, illustre parfaitement ce quotidien souvent invisible.

Ma mère a 87 ans. Depuis deux ans, elle ne quitte plus son lit

« Ma mère a 87 ans. Depuis deux ans, elle ne quitte plus son lit. Elle refuse catégoriquement d’aller en maison de retraite : elle veux rester dans son univers, Je respecte son choix, mais je suis seul pour tout gérer. »

Laurent dirige sa petite entreprise de services depuis vingt-cinq ans. Il n’a jamais envisagé de ralentir. Pourtant, depuis que l’état de santé de sa mère s’est brutalement dégradé, son agenda est devenu un casse-tête permanent. Je ne veux pas demander à mes enfants, ce n’est pas leur rôle et ils sont loin.

« Le matin, je commence par vérifier qu’elle a bien pris ses médicaments. Ensuite, je file au bureau. À midi, je reçois un appel de l’aide-soignante qui me dit qu’elle a refusé de manger. L’après-midi, ce sont les rendez-vous médicaux à caler, les courriers de la banque, la déclaration d’impôts, les factures… Je gère tout seul. Le soir, je lui téléphone pour savoir si tout s’est bien passé, c’est compliqué, elle ne s’en rappelle pas toujours, car en plus elle perd la mémoire. »

La culpabilité est son compagnon quotidien.
« J’ai toujours l’impression de ne pas en faire assez. Quand je la vois décliner, je me dis que je devrais être plus présent, mieux organisé, plus patient. Mais je suis aussi à mon compte professionnellement, un mari, un père. Je ne peux pas tout arrêter. »

Avec un auxiliaire de vie pour aider

L’aide à domicile est pourtant là. Deux aides-soignantes passent matin et soir pour le déjeuner, le dîner et la toilette. Laurent le reconnaît volontiers : « C’est une aide considérable. Sans elles, je ne tiendrais pas. » Mais le coût est lourd : « Entre les heures d’auxiliaires de vie, les infirmières, les matériels médicaux et les repas adaptés, la facture dépasse souvent ce que coûterait une maison de retraite. Et pourtant, ma mère veut rester chez elle. »

Face à cette double pression  professionnelle d’un côté, familiale et affective de l’autre, Laurent a appris quelques astuces pour tenir le coup.

Nos conseils pour vous aider à aider

S'occuper de l'administratif

Essayez les nouvelles technologies

Pilulier connecté qui envoie une alerte sur votre téléphone si le médicament n’est pas pris, bracelet détecteur de chute avec appel automatique… Oui, beaucoup de seniors refusent au début les objets connectés. Persévérez. Expliquez que c’est pour leur sécurité et la vôtre. Ces outils peuvent vraiment sauver des vies et vous éviter des nuits blanches.

Anticipez l’administratif dès le début

Dès que la situation commence à se dégrader, créez un dossier unique pour chaque parent : ordonnances, résultats d’examens, contrats d’assurance, mutuelle, avis d’imposition, relevés bancaires, etc. Conservez tout numériquement et en version papier. Vous gagnerez un temps précieux quand il faudra remplir un dossier APA, une demande d’aide ou répondre à l’administration.

Passez aux prélèvements automatiques

Beaucoup de seniors paient encore leurs assurances, mutuelles, téléphone, électricité ou loyer par chèque. Changez tout en prélèvement. C’est moins d’erreurs, moins de courriers à suivre et surtout moins de stress pour vous.

Faites-vous établir une procuration bancaire

Une procuration simple ou une procuration notariée (selon les besoins) vous permettra de gérer les comptes, payer les factures et suivre les dépenses sans avoir à demander l’accord à chaque fois. Faites le tant que votre parent est encore en capacité de signer. C’est une démarche simple qui évite bien des complications futures.

Choisissez le bon service d’aide à domicile

Prenez le temps de bien sélectionner votre prestataire d’aide à domicile. Il est essentiel que les aidants soient disponibles de manière fiable ou facilement remplacés en cas d’absence ou de maladie. Privilégiez un service qui vous propose un interlocuteur unique (référent ou coordinateur) joignable rapidement. N’hésitez pas à comparer les tarifs et les prestations entre plusieurs organismes : le moins cher n’est pas toujours le plus adapté à vos besoins.

Laurent conclut avec un sourire fatigué mais lucide :

« On n’est pas des super-héros. On fait ce qu’on peut, avec ce qu’on a. L’important, c’est de ne pas rester seul et de s’autoriser à demander de l’aide, y compris pour soi. Parce que si on craque, qui s’occupera de nos parents ? »

La Génération Sandwich n’est pas une fatalité. Elle est le reflet d’une société où l’espérance de vie s’allonge et où la solidarité familiale reste forte. Mais elle a aussi besoin d’être mieux accompagnée, mieux informée et mieux soutenue. Car aider ses parents tout en préparant sa propre retraite, c’est déjà un sacré défi.