
Le phénomène du cumul emploi-retraite n’est plus marginal : il se renforce de plus en plus, et les retraités qui continuent de travailler ne le font pas uniquement par passion, beaucoup y sont contraints par des retraites modestes. Ce sujet reste un véritable problème de société, mais les contours du débat ont évolué récemment.
Un essor de l’emploi des seniors
En 2024, le taux d’emploi des 60-64 ans en France a atteint 42,4 %, un niveau jamais vu depuis que cette statistique existe (depuis 1975).
Cette hausse s’explique en partie par la réforme des retraites de 2023, qui a repoussé l’âge légal de départ de 62 à 64 ans et augmenté la durée de cotisation nécessaire pour une retraite à taux plein.
Autrement dit, de plus en plus de seniors restent actifs ou reprennent une activité, non seulement par besoin financier, mais aussi parce que la structure même du système de retraite incite au prolongement de la carrière.
Les freins à l’emploi des retraités
Malgré cet essor, le retour à l’emploi n’est pas simple :
Les recruteurs restent frileux vis-à-vis des seniors, en particulier pour des postes à temps plein. Beaucoup de retraités peinent à retrouver un emploi comparable à celui qu’ils avaient avant la retraite.
La discrimination liée à l’âge persiste : certains seniors qui voudraient continuer dans une activité professionnelle qualitative se heurtent à des préjugés.
Le problème des petites retraites est bien réel. Pour un grand nombre, le travail après la retraite n’est pas un choix, mais un complément indispensable pour maintenir un niveau de vie décent.
Le cumul emploi-retraite : régime et contraintes
Le dispositif du cumul emploi-retraite permet de travailler tout en continuant de percevoir une pension, mais il faut en connaître les conditions, qui ont évolué récemment :
Selon Service Public, il existe deux formes de cumul : intégral (sans plafond) ou plafonné.
Pour un cumul intégral :
- Il faut avoir liquidé ses retraites de base et complémentaires.
- Avoir la retraite de base à taux plein (ou justifier d’un âge suffisant).
Pour un cumul plafonné :
Le total des revenus d’activité + des pensions ne doit pas dépasser un plafond : soit 160 % du SMIC, soit la moyenne des trois derniers salaires avant la retraite (le plus favorable des deux) selon le cas.
Le retraité doit déclarer sa reprise d’activité à sa CARSAT (ou caisse de retraite) dans le mois qui suit : nom de l’employeur, date de début, etc.
En cas de dépassement du plafond dans un cumul plafonné, la pension peut être réduite jusqu’à régularisation.
Des droits nouveaux… depuis la réforme de 2023
Un point particulièrement nouveau et encourageant : depuis la réforme de 2023, certains retraités peuvent acquérir de nouveaux droits à la retraite complémentaire grâce à leur activité en cumul emploi-retraite.
Selon Malakoff Humanis, si vous remplissez les conditions pour un cumul intégral, vos cotisations sur votre activité reprise peuvent vous donner des points Agirc-Arrco, et donc ouvrir droit à une seconde pension complémentaire.
Cette seconde retraite complémentaire dépend du nombre de points acquis.
Pour les indépendants (artisans, commerçants), des évolutions sont aussi intervenues : depuis 1er janvier 2025, ceux qui travaillent après leur retraite complémentaire peuvent cotiser et générer une seconde pension complémentaire.
Plus concrètement : le cumul emploi-retraite ne signifie plus seulement “travailler pour arrondir les fins de mois” ; pour certains, il permet de consolider leur retraite future.
Les démarches simplifiées
Un téléservice “Demander ma retraite après un cumul emploi-retraite” est disponible via Info-Retraite : cela permet de faire une demande de “deuxième retraite” (si elle s’applique) de manière dématérialisée auprès de tous vos régimes (base + complémentaire).
Il est primordial de prévenir ses caisses de retraite (de base et complémentaire) en cas de reprise d’activité, pour qu’elles appliquent correctement les règles.
En cas de cumul, des cotisations sociales continuent à être prélevées sur votre salaire (retraite de base + complémentaire) quand vous travaillez.
Une pression économique mais aussi sociétale
Pour beaucoup, continuer à travailler à la retraite n’est pas un choix purement personnel : c’est une nécessité financière.
Le système de retraite français est sous tension : l’augmentation du taux d’emploi des seniors contribue à soulager une partie de la pression, mais elle soulève aussi la question de l’équité intergénérationnelle.
Par ailleurs, certains retraités peuvent ressentir une pression psychologique ou sociale : entre je travaille parce que je dois et je reste actif parce que j’ai encore envie, la frontière est parfois floue.
Limites et inégalités
Le cumul emploi-retraite n’est pas accessible à tous : ceux qui ont des carrières hachées, des pensions très basses ou des emplois peu qualifiés peuvent ne pas avoir les mêmes opportunités.
Le temps partiel domine souvent dans les postes offerts aux retraités : cela limite le revenu complémentaire.
Des risques de santé existent : certaines études indiquent que des chocs de santé (maladie, accident) peuvent forcer les actifs retraités à sortir prématurément du marché du travail.
Enfin, la discrimination liée à l’âge sur le marché du travail reste une réalité, malgré la montée de l’emploi des seniors.
Perspectives pour l’avenir
Le débat public sur le rééquilibrage du système des retraites continue : entre la volonté de réduire le déficit des régimes et celle d’assurer une retraite “digne” pour tous, la question du travail des retraités est centrale.
Les réformes de 2023 ouvrent la voie à un modèle de cumul emploi-retraite plus favorable, notamment grâce à la création de nouveaux droits, mais leur portée dépendra de la capacité des retraités à accéder à des emplois adaptés.
Il sera important de promouvoir des emplois à temps partiel qualifiés pour les seniors (conseil, expertise, formation) afin de tirer pleinement parti de leur expérience tout en assurant un revenu décent.
C’est pour cette raison qu’il est fortement recommandé de cibler principalement les sites destinés aux seniors, car les recruteurs y recherchent ce genre de profils.
Il existe plusieurs le plus connu étant Seniors à votre service qui propose essentiellement des services à la personne, on y trouve des cours d’informatique, de la garde d’enfant et du soutien scolaire, de l’aide à domicile, du bricolage, du jardinage ou du gardiennage…
Cela permet aux retraités de conserver un lien social tout en complétant leurs revenus et offre une transition plus douce entre la vie active vers la retraite mais ces emplois sont surtout de l’aide à la personne, difficile quand on a été cadre de longues années dans une grande entreprise de proposer un service d’aide à domicile…
Plus orienté vers le tertiaire Bitwiin propose des offres d’emploi dans les domaines informatique, administratif et juridique, mais il faut avouer que les offres intéressantes sont plutôt rares…
C’est aussi assez dur de se remettre à chercher du travail après une longue période d’activité, il va falloir réapprendre à se vendre, mettre en valeur son savoir-faire au détriment de son âge.
A noter que l’association, EGEE, aide les seniors à la recherche d’emploi en les accompagnant dans leurs démarches.
Alors il n’est jamais trop tard pour envisager une deuxième carrière plus souple, exigeant moins de contraintes et de responsabilités !


