Quand on gagnait moins… et qu’on vivait mieux

Je ne vais pas vous mentir : à 55 ans, je gagne un peu mieux ma vie qu’à 30 ans. Pas de quoi se pavaner, hein. Pas de bonus mirobolants ni de promotion qui change la face du monde. Juste un salaire qui a suivi, bon an mal an, l’inflation et les années. Sur le papier, c’est même plutôt correct.

Et pourtant.

Diner aux Bains Douches dans les années 1980

À 30 ans, je partais en vacances plusieurs fois par an. Pas forcément au bout du monde (même si parfois si), mais souvent. Un week-end en Normandie, une semaine en Italie, un petit saut en Espagne décidé le mercredi soir parce qu’il faisait beau et que le compte en banque le permettait. On réservait, on y allait. Point. Et les restaurants ? Plusieurs fois par semaine. Pas des étoilés, mais des endroits corrects où on prenait un plat, une bouteille, et où on ne regardait pas trop le prix avant de commander.

La voiture aussi, ça faisait partie du décor. Même en ville, même à Paris ou dans les grandes agglomérations, on était nombreux à en avoir une. Pas forcément une grosse, souvent une petite citadine, parfois une occasion, mais on l’avait. On pouvait partir, faire les courses, aller voir la famille sans y réfléchir à deux fois. Ce n’était pas un luxe, c’était juste normal.

Aujourd’hui, c’est terminé.

Les restaurants, c’est fini. Ou alors une fois tous les deux mois, pour une occasion. Les vacances se planifient des mois à l’avance, se négocient, se réduisent. Les week-ends sur un coup de tête ont disparu.

Et la voiture ? Elle est devenue un objet de luxe. Entre le prix d’achat, le carburant, l’assurance, le contrôle technique, les réparations et surtout les taxes qui s’accumulent à chaque étape, beaucoup ont renoncé. Même ceux qui habitent en ville et qui, avant, trouvaient ça pratique. On fait attention. On compare. On se dit on verra l’année prochaine.

Un restaurant tout simple, et on partage

Le pouvoir d’achat a vraiment diminué. Pas de façon spectaculaire d’un mois sur l’autre, mais de façon sourde, constante, presque administrative. Les charges fixes ont mangé la marge. L’énergie, le logement, les assurances, les courses… et, bien sûr, les prélèvements.

Droite, gauche, centre, en même temps : depuis des décennies, le discours est le même. On ne touche pas au budget de fonctionnement de l’État. Il est faramineux, il grossit, il se complexifie, mais on n’y touche pas. Les économies, c’est pour les autres. Pour les entreprises, pour les contribuables, pour les niches. Jamais vraiment pour le cœur de la machine.

Les seules lois qu’on nous propose, année après année, c’est encore et toujours des taxes. Une nouvelle contribution par-ci, un ajustement par-là, une solidarité temporaire qui devient permanente. La voiture en est l’un des symboles : à chaque fois qu’on la taxe un peu plus, on nous explique que c’est pour l’environnement, pour la sécurité, pour financer ceci ou cela et l’essence qui augmente.

Et pendant ce temps, le budget de fonctionnement continue de gonfler. On nous dit que c’est nécessaire, que c’est juste, que ça finance les services publics. On ne nous explique presque jamais comment on pourrait faire mieux avec ce qu’on a déjà. Ou comment on pourrait arrêter de dépenser autant sur le fonctionnement pur.

Le résultat, on le voit. Un pays qui s’endette, qui taxe, qui crée des couches d’administration et de règles, pendant que les gens qui travaillent voient leur marge de manœuvre se réduire. Ce n’est pas une question de gauche ou de droite au sens partisan. C’est une succession de choix politiques qui ont conduit, lentement mais sûrement, à cette situation : on gagne un peu plus en euros, on vit un peu moins bien.

Je ne demande pas de miracle. Juste que, de temps en temps, quelqu’un regarde le budget de fonctionnement et se dise : et si on enlevait ça ? Et si on arrêtait d’en ajouter une couche ? Au lieu de ça, on ajoute une taxe, on crée une commission, on lance une réforme qui en crée trois autres.

À 55 ans, j’ai encore de belles années devant moi. J’aimerais juste pouvoir, de temps en temps, décider un mercredi soir de partir le week-end. Ou de prendre un restaurant sans faire un tableur mental avant. Ou même d’avoir une voiture sans me sentir coupable ou ruiné. Ce n’est pas de la nostalgie. C’est juste le souvenir d’une époque où, avec moins, on avait l’impression d’avoir plus.

Et franchement, quand on regarde comment on en est arrivé là, il y a de quoi être en colère. Pas contre le système en général, mais contre les choix répétés, depuis des décennies, de gouvernements qui n’ont jamais vraiment voulu faire d’économies avec notre argent.