On paie pour l’Ukraine et on n’a plus de rendez-vous chez le médecin

On n’a plus de rendez-vous chez le médecin

Catherine, 59 ans, et Philippe, 60 ans, sont assis dans leur salon de banlieue. La télévision tourne en fond. Sur le plateau, des débats s’enchaînent autour des aides militaires à l’Ukraine. Chiffres, engagements, solidarité européenne. À côté d’eux, sur la table basse, le courrier de la CPAM et le compte rendu de la tentative de prise de rendez-vous.

Catherine a besoin d’un examen spécialisé. Le premier créneau disponible est dans cinq mois. Cinq mois, répète-t-elle en regardant l’écran. On nous dit que le système de santé est une priorité. Mais concrètement, on attend.

Philippe hoche la tête. On a l’impression que l’argent part ailleurs pendant que nos services de proximité s’effritent. On paie des impôts, on cotise, et quand on a besoin d’un médecin, on se retrouve sur liste d’attente.

Ce n’est pas un débat théorique pour eux. C’est le quotidien de beaucoup de couples de leur génération. Les cabinets de médecine générale ferment ou ne prennent plus de nouveaux patients. Les spécialistes affichent des délais qui s’allongent. Les urgences sont saturées. Et pendant ce temps, les annonces de financements extérieurs se multiplient à la télévision.

Les élections approchent. Les politiques parlent déjà de 2027, de projets, de vision. Catherine et Philippe, eux, doivent finir le mois de septembre. Les factures d’énergie, les courses, la mutuelle qui augmente, le carburant pour aller travailler encore un peu. On n’est pas dans la misère, précise Philippe. Mais on n’est pas non plus dans le confort. On gère. Et on voit toujours de nouvelles taxes ou de nouvelles contributions arriver. En revanche, personne ne parle vraiment de baisser les dépenses de l’État.

Un désert médical en France

Ils évoquent le nombre de fonctionnaires, record pour cette rentrée, et le poids de la dépense publique. Sans entrer dans les chiffres techniques, le sentiment est net : l’impression d’un État qui continue d’enfler pendant que les services essentiels, ceux du quotidien, se dégradent. Santé, sécurité de proximité, école pour les petits-enfants… On a l’angoisse des familles modestes, dit Catherine. Pour les enfants, on ne voit pas vraiment d’avenir clair. Et pour nous, la retraite qui approche, on sait déjà qu’elle sera juste.

Ce n’est pas de l’opposition frontale à une cause humanitaire ou géopolitique, c’est une question d’ordre des priorités. Quand on attend des mois pour un examen médical, quand on calcule chaque fin de mois, quand on regarde ses enfants et petits-enfants se débattre avec des loyers et des salaires qui ne suivent pas, le discours sur les grandes solidarités internationales ne passent plus.

Catherine et Philippe ne revendiquent pas d’être des experts. Ils sont juste le reflet de la génération X qui a travaillé, cotisé, et qui commence à se demander si le contrat social tient encore. Une génération qui voit les débats télévisés parler de 2027 pendant qu’elle doit gérer 2026.

Une génération qui entend parler de dépenses pharaoniques et de nouveaux impôts, mais rarement de réductions sérieuses du train de vie de l’État.

Dans le salon, la télévision continue.

Dans le salon, la télévision continue. Les invités s’affrontent sur les montants, les calendriers, les engagements. Catherine a baissé le volume. On n’est pas contre aider, murmure-t-elle. Mais on aimerait d’abord pouvoir se faire soigner dans des délais raisonnables. Et pouvoir regarder l’avenir de nos enfants sans avoir cette boule au ventre.

Beaucoup de couples de 55-65 ans se reconnaîtront dans cette scène. Pas par idéologie ou par expérience. Mais par le sentiment que, pendant que l’on parle de grands enjeux internationaux, le quotidien de proximité, le médecin, le pouvoir d’achat, la retraite, l’avenir des plus jeunes, tout cela continue de s’effriter en silence.