Chaque année c’est la même rengaine. Les valises sont à peine vidées que Sophie pousse un long soupir dans la cuisine. Marc, encore en short de vacances, regarde les relevés de compte sur son téléphone en secouant la tête.
C’est reparti pour un tour…

Ils ont 52 et 54 ans. Deux enfants : Léa, 22 ans, qui termine son master, et Thomas, 18 ans, qui entre à la fac. Sur le papier, ils sont un couple solide, tous les deux en CDI, qui n’a jamais tiré au flanc. Dans les faits, ils ont de plus en plus de mal à boucler les fins de mois.
Le lendemain, Sophie sort les listes de fournitures pour Thomas pendant que Marc calcule. Le budget rentrée tourne encore autour de 480-500 euros cette année. Ils disent que les fournitures ont un peu baissé, mais tout le reste augmente. Et nous, comme d’habitude, on est juste au-dessus des plafonds pour toutes les aides.
Ce qui me tue, c’est qu’on bosse tous les deux, on paye des impôts et des charges monstrueuses, et on n’arrive plus à aider correctement nos gosses sans se priver.
Marc ne répond pas tout de suite. Il sait qu’elle a raison. En France, le salarié moyen travaille jusqu’au 22 juillet juste pour payer les prélèvements obligatoires. Ça veut dire que pendant presque sept mois, tout ce qu’il gagne part en impôts, cotisations, TVA, CSG, taxe foncière… Ce n’est qu’à partir de fin juillet qu’il commence enfin à travailler pour lui et sa famille.
Et encore, c’est pour le salarié moyen. Eux, avec deux salaires corrects, ils sont dans cette fameuse classe moyenne supérieure que l’État adore ponctionner. Trop riches pour avoir droit aux aides, pas assez pour être tranquilles.
On cotise pour la retraite, pour la sécu, pour tout… et au final on doit encore sortir le portefeuille pour le loyer de Léa, ses transports, ses frais. Thomas va avoir besoin d’un ordi, de livres, de billets de train. Et nous, on regarde le compte en se demandant comment on va faire sans toucher à ce qu’on essaie de mettre de côté pour notre propre retraite.
J’ai l’impression qu’on nous punit d’avoir travaillé toute notre vie. Plus tu gagnes correctement ta vie en bossant, plus on te prend. Et pendant ce temps, on continue d’aider nos enfants parce qu’on refuse qu’ils galèrent comme on a galéré. Mais franchement… jusqu’à quand on va tenir ce rythme ?
Ils restent silencieux un moment. Dehors, le soleil de fin d’été tape encore. Marc finit par poser sa main sur celle de sa femme.
On va encore y arriver cette année. Comme d’habitude. Mais je te cache pas que je commence à en avoir vraiment marre de ce système qui taxe ceux qui bossent jusqu’à l’os.
Septembre, c’est pas juste la rentrée des classes. C’est la rentrée des factures, des impôts, et de cette lassitude qui revient tous les ans.
Et pourtant, comme tous les ans, ils vont se lever, cocher les listes, aider leurs enfants, et continuer. Parce que c’est ce que font les gens comme eux.
Même quand ils en ont ras-le-bol.

