Passe ton vraiment pour un vieux con quand on dit, c’était mieux avant ?

Passe ton vraiment pour un vieux con quand on dit, c’était mieux avant ?

À partir de 50 ans (et parfois bien avant), on lâche tous un jour cette petite phrase. Services publics au top, impôts plus légers, insécurité moindre… On jure que c’était mieux avant. Surtout si on a connu les années 70 et 80. Est-ce de la nostalgie de vieux grincheux ou un constat lucide ? Et pourquoi tant de gens refusent-ils de l’admettre ?

Après avoir lu Le constat amer de la Génération X et Pourquoi sommes-nous nostalgiques du passé, on se retrouve face à la grande question philosophique du troisième âge : est-ce qu’on devient automatiquement un vieux con quand on dit que c’était mieux avant ?

On sait que la mémoire est une capricieuse. Elle fait comme Instagram : elle applique un filtre doré sur le passé. Les galères s’effacent, les bons moments brillent. C’est un mécanisme de survie. En vieillissant, notre cerveau trie et garde le positif.

Mais quand la majorité de ceux qui ont vécu les années 70 et 80 disent la même chose, on peut se demander si ce n’est pas seulement de la mémoire sélective… ou si la société actuelle n’a pas vraiment perdu quelque chose en route.

Les années 70-80 vues par ceux qui y étaient

On se souvient d’une époque où l’on pouvait :

  • Sortir le soir sans regarder trois fois par-dessus son épaule.
  • Trouver un boulot correct sans master et sans stage non rémunéré de 6 mois.
  • Aller à la poste ou chez le médecin sans passer par 17 formulaires et une appli qui bugge.
  • Avoir l’impression que les impôts servaient encore un peu à quelque chose de visible (routes, écoles, hôpitaux).

C’était loin d’être parfait (crises pétrolières, chômage qui monte, inégalités bien réelles), mais il y avait un parfum d’insouciance et de confiance dans l’avenir que beaucoup regrettent. On se sentait chez soi dans son pays. On draguait maladroitement sans risque de plainte pour harcèlement. On vivait sans téléphone portable et on survivait très bien.

Alors quand on dit : c’était mieux avant, est-ce qu’on est dans le déni ? Ou est-ce qu’on pointe, avec la sagesse de l’expérience, un effondrement relatif de certaines valeurs : cohésion sociale, confiance dans les institutions, simplicité de la vie quotidienne ?

Pourquoi certains refusent de voir la vérité

C’est là que ça devient amusant.

Certains répondent illico : « Arrêtez avec vos conneries nostalgiques, le passé c’était pire ! »

Traduction : Je ne veux surtout pas admettre que les choix collectifs des 40 dernières années ont pu produire des résultats mitigés.

C’est le grand classique du déni philosophique moderne. Comme le renard qui n’atteint pas les raisins et dit qu’ils sont trop verts. Sauf que là, les raisins, c’est la dette publique, les services publics qui s’effilochent, le sentiment d’insécurité qui remonte et la perte d’un certain « vivre-ensemble » naturel.

Refuser de voir que certaines choses ont empiré, ce n’est pas de l’optimisme. C’est de la philosophie de l’autruche. On préfère accuser les « vieux cons » plutôt que d’analyser froidement les trajectoires. C’est plus confortable. Et surtout, ça évite de remettre en question ses propres certitudes idéologiques.

Alors, vieux con ou sage lucide ?

La vérité, comme souvent se trouve au milieu.

Oui, notre mémoire embellit le passé.
Oui, on a gagné des choses formidables (médecine, technologies, libertés individuelles, espérance de vie).

Mais non, ce n’est pas « vieux con » de constater que sur d’autres plans (lien social, confiance, simplicité, coût du quotidien, sentiment de sécurité), on a reculé.

Dire c’était mieux avant n’est pas un aveu de défaite. C’est un acte de mémoire. C’est refuser que le présent se réécrive tout seul pour faire croire que tout est formidable. C’est aussi, quelque part, un cri d’amour pour ce que la France et l’Occident ont été capables de produire de meilleur.