Les années 1970 : l’époque où on travaillait et on achetait son logement

Un café dans les années 1970

Imaginez Paris en 1975… Les rues avec des gens qui rentrent du travail, les terrasses de bistrots pleines, les enfants qui jouent dans les squares sans que personne ne s’inquiète.

C’était une époque où la vie semblait plus simple, plus sûre, plus accessible. Pour les plus de 50 ans qui lisent ces lignes, ces souvenirs sont souvent doux-amers. Oui, les années 1970 avaient leurs ombres, mais elles portaient aussi un parfum d’optimisme et de sécurité qu’on regrette parfois aujourd’hui.

Le plein emploi : On trouvait du boulot en sortant de l’école

En 1970, la France comptait à peine 300 000 chômeurs. Le taux de chômage était autour de 2 %. Trouver un travail ? C’était presque une formalité. On sortait du lycée ou du CAP, on passait chez l’employeur du coin ou on répondait à une petite annonce, et on signait un CDI le lendemain. Les usines, les bureaux, les chantiers recrutaient à tour de bras.

Les jeunes de 18-20 ans n’avaient pas besoin de 50 candidatures ni de stages non rémunérés. Le mot précarité n’existait pas encore vraiment. On parlait de carrière », pas de parcours professionnel. Bien sûr, les salaires n’étaient pas mirobolants, mais ils permettaient de vivre décemment et d’épargner un peu. C’était l’héritage des Trente Glorieuses qui touchait encore à sa fin.

Facilité d’acheter un logement : un ouvrier pouvait devenir propriétaire

L'achat d'un pavillon en Banlieue était accessible à tous

C’est peut-être le point le plus frappant pour les jeunes d’aujourd’hui. Dans les années 1970, un ouvrier ou un employé moyen pouvait acheter son logement sans s’endetter sur 30 ou 35 ans.

Les HLM se construisaient à tour de bras, mais surtout, l’accession sociale à la propriété était encouragée. Des prêts à taux réduits, des aides de l’État, des crédits immobiliers accessibles… Beaucoup de familles modestes sont devenues propriétaires d’un pavillon en banlieue ou d’un appartement dans les nouveaux quartiers. On parlait de rêve pavillonnaire et il était à portée de main pour une grande partie de la population.

Pas besoin d’apport personnel énorme ni de garanties parentales. Le banquier vous regardait dans les yeux, voyait que vous aviez un emploi stable, et vous signiez. Aujourd’hui, pour les mêmes profils, c’est souvent mission impossible dans les grandes villes.

La sécurité : on laissait les clés sur la porte et les enfants dehors

Dans les années 1970 les enfants jouaient dehors sans surveillance

On dormait tranquille. Cette phrase revient tout le temps quand on interroge les seniors sur cette époque. La criminalité était bien plus basse. On laissait les enfants jouer dans la rue jusqu’à la nuit tombée. Les mères ne surveillaient pas leur portable toutes les cinq minutes.

La nuit n’était pas un terrain de jeu pour les délinquants comme on le craint parfois aujourd’hui. Les agressions gratuites, les vols à l’arraché, les rodéos urbains… tout cela existait à petite échelle, mais pas avec l’ampleur que l’on connaît. On pouvait rentrer à pied du cinéma à minuit sans appréhension majeure. C’était une forme de liberté que les jeunes générations ont du mal à imaginer.

Autres points forts qui font rêver aujourd’hui

L'essor des congés payés

Le pouvoir d’achat : un salaire permettait de nourrir une famille de quatre personnes, de partir en vacances (même modestes), d’acheter une voiture d’occasion et de mettre un peu d’argent de côté. Pas de fin du mois difficile systématique.

La vie de quartier : tout le monde se connaissait. Les commerçants de proximité, le boulanger qui vous faisait crédit, les voisins qui s’entraidaient. Moins d’individualisme, plus de solidarité naturelle.

Le temps pour la famille : même avec des semaines de 45 heures, on rentrait à 18 h 30-19 h. Pas de mails professionnels le soir, pas de de connexion intempestive . Le week-end était vraiment un moment de repos et de partage.

La protection sociale : la Sécurité sociale fonctionnait bien, les allocations familiales étaient généreuses, les retraites commençaient à se construire sur des bases solides. On se sentait protégé.

Progrès pour les femmes : 1975 est aussi l’année de la loi Veil sur l’IVG (janvier 1975). C’était une vraie révolution. De plus en plus de femmes travaillaient et accédaient aux études supérieures. On sentait que la société évoluait vers plus d’égalité.

Vacances pour tous : Avec 4 semaines de congés payés (depuis 1968), le camping explose, les colonies de vacances sont pleines, et les premiers voyages à l’étranger deviennent abordables grâce au Club Med (oui au début le Club Med était accessible…), aux trains et à la voitures familiales. Pour beaucoup de familles modestes, c’était la première fois qu’elles partaient vraiment en vacances.

Voir le Concorde décoller dans les années 1970

Le sentiment de modernité : La télévision passe à la couleur, le Concorde vole pour la première fois, les premiers ordinateurs arrivent dans les grandes entreprises, et le projet du TGV est lancé. On avait vraiment l’impression que la France entrait dans une nouvelle ère technique et moderne. L’avenir semblait excitant.

La mentalité des jeunes : un optimisme confiant et presque naïf

Adolescents dans les années 1970

Et les jeunes dans tout ça ? Ils vivaient avec une insouciance et un optimisme que les générations actuelles envient souvent. On sortait du collège ou du lycée, on trouvait rapidement un apprentissage ou un premier emploi stable, et on se projetait dans l’avenir avec confiance. Plus tard, je serai comme papa, mais en mieux : c’était l’état d’esprit dominant. Pas de peur du chômage de masse, pas d’angoisse climatique, pas de pression permanente du il faut tout réussir avant 25 ans .

On profitait des bals du samedi soir, des virées en mobylette ou en 2CV, des premiers disques de variété française ou de rock anglais, et on rêvait de partir en vacances en Espagne, en Yougoslavie ou même plus loin. L’avenir semblait ouvert, presque garanti.

On se mariait jeune, on faisait des enfants tôt, et on avait l’impression que la société progressait forcément vers plus de justice et de confort. Bien sûr, il y avait la guerre froide et quelques grèves, mais globalement, les jeunes des années 70 portaient en eux une forme de légèreté et d’espérance que beaucoup de 20-30 ans d’aujourd’hui aimeraient retrouver.

Les jouets des années 1970

Les jouets des années 1970

Ceux qui sont nés en 1970 et qui ont aujourd’hui 55 ans gardent aussi des souvenirs très vifs de leurs jouets d’enfance. À cette époque, pas d’écrans ni de consoles vidéo : on passait des heures entières à faire tourner un train électrique autour du salon, à construire des ponts et des machines incroyables avec le Meccano, à partir en mission secrète avec son Action Joe ou son Big Jim. Et qui n’a pas joué des heures avec les petites voitures Majorette sur le tapis ou dans la cour, à construire des mondes entiers avec les Lego, ou à inventer des histoires avec des Playmobil tout juste arrivés sur le marché en 1974.

Ces jouets simples, solides et imaginatifs occupaient des après-midi entiers, développaient la patience, la créativité et le sens du détail. Ils symbolisaient parfaitement cette enfance où l’on apprenait à rêver grand avec peu de moyens.

Mais ce n’était pas tout rose…

Soyons honnêtes : les années 1970 n’étaient pas un paradis perdu. Deux domaines étaient nettement moins bons qu’aujourd’hui.

La sécurité routière : un carnage

La sécurité routière : un carnage dans les années 1970

En 1975, la France a enregistré près de 13 000 morts sur les routes. L’année la plus noire fut 1972 avec plus de 16 000 tués. Aujourd’hui, malgré trois fois plus de voitures en circulation, on est autour de 3 000 à 3 500 décès par an.

Pourquoi ce massacre ? Pas de ceinture de sécurité obligatoire (elle le deviendra progressivement à partir de 1973 à l’avant, puis 1990 à l’arrière). Pas de limite de vitesse sur autoroute avant 1974 (et encore, elle était à 130 km/h dès le début). Alcool au volant toléré, pas de radars, pas de permis à points, voitures sans ABS ni airbags… Les week-ends de Pentecôte ou de 14 juillet étaient des hécatombes. Beaucoup d’entre nous ont perdu des proches ou des amis dans ces drames. C’était l’envers sombre de la motorisation de masse.

La santé : des progrès énormes depuis

L’espérance de vie en 1975 était d’environ 69 ans pour les hommes et 77 ans pour les femmes. Aujourd’hui, nous sommes à environ 79-80 ans pour les hommes et 85 ans pour les femmes. La mortalité infantile était encore de 13,8 pour 1 000 naissances (contre moins de 4 aujourd’hui).

Un bar tabac dans les années 1970, tout le monde fumait

Le tabac : Partout. Dans les bureaux, les trains, les restaurants, les maternités, les avions… L’alcoolisme était un fléau national. Les traitements contre le cancer ou les maladies cardiovasculaires étaient rudimentaires : pas de chimiothérapies modernes, pas de stents, pas de statines, pas d’IRM.

Une crise cardiaque à 55 ans était souvent fatale. Les hôpitaux manquaient de moyens, les listes d’attente étaient longues pour certains examens. L’air des grandes villes était plus pollué (plomb dans l’essence jusqu’en 2000). Bref, on vivait moins longtemps et moins bien qu’aujourd’hui sur le plan strictement médical.

Alors, nostalgie ou lucidité ?

C’est normal d’être nostalgique du passé, les années 1970 nous manquent pour tout ce qui touchait à la sécurité économique et sociale : un emploi stable, un logement accessible, des rues relativement sûres, une vie de famille plus simple. Mais elles nous rappellent aussi que le progrès existe : nous sommes infiniment plus en sécurité sur les routes, nous vivons plus vieux et en meilleure santé, et nous avons des outils médicaux que nos parents n’auraient même pas rêvés.

Ce qui était formidable, c’était ce sentiment de confiance dans l’avenir. On avait l’impression que les choses allaient s’améliorer pour nos enfants. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes doutent de cela.