À 55 ans, je réalise que mes meilleures années sont derrière moi

À 55 ans, je réalise que mes meilleures années sont derrière moi

À 55 ans, je me suis assis ce matin sur la terrasse, comme souvent, avec mon café qui refroidissait entre mes mains. Le soleil montait doucement sur les collines, et je pensais à cette question qui me tourne dans la tête depuis quelque temps : avec la retraite qui arrive à 64 ans pour moi, ou 67 pour beaucoup d’autres, combien d’années il me reste vraiment à vivre en bonne santé ?

Pas juste à exister, non… à vivre vraiment, à profiter, à me sentir encore vivant dans mon corps et dans ma tête.

Quand j’avais 20 ou 30 ans, je n’en avais pas la moindre conscience. Je me sentais invincible, le corps toujours prêt, l’énergie à revendre. Je bossais dur, je sortais tard, je courais après la vie sans jamais me dire que cette force, cette santé évidente, allait un jour commencer à filer. Je pensais que ça durerait toujours, que la jeunesse était un état permanent.

Quand j'étais jeune, je faisais beaucoup de randonnées

On ne réalise jamais, à cet âge-là, à quel point on est chanceux. On gaspille ces années comme si elles étaient infinies. Et puis un matin, à 55 ans, on se réveille et on comprend que tout ça est derrière soi.

J’ai beau me dire que je suis encore costaud, que je marche tous les jours et que je fais attention, la vérité me rattrape doucement. Mes meilleures années sont derrière moi. Celles où je pouvais bosser dix heures sans fatigue, courir après les gosses, partir en randonnée sans y penser deux fois. Aujourd’hui, je commence à le sentir, mon corps vieillit : le dos qui tire un peu plus le soir, les genoux qui protestent quand je descends l’escalier, cette petite fatigue qui s’installe plus vite qu’avant. Je ne suis plus dans la force de l’âge. Je suis en train de passer de l’autre côté.

Les genoux qui protestent quand je descends l’escalier

On dit qu’à 65 ans, un homme comme moi peut encore espérer une vingtaine d’années devant lui. Vingt ans… ça paraît long sur le papier. Mais en bonne santé, vraiment en bonne santé, sans douleurs qui te limitent, sans essoufflement au moindre effort, sans avoir besoin d’aide pour les petites choses du quotidien ? C’est plutôt autour de dix ou onze ans. Peut-être douze si j’ai de la chance et si je fais les choses bien. Après, ça devient plus fragile. Les années où on est encore autonome, où on peut voyager, bricoler, jouer avec les petits-enfants sans se ménager… elles sont comptées.

Et ça me fait un drôle d’effet, cette prise de conscience. À 55 ans, il m’en reste neuf ou douze avant la retraite, selon comment ça tombe. Et ensuite, une petite dizaine d’années où je pourrai encore vraiment en profiter. Pas plus. Le reste, ce sera du bonus, mais avec des ajustements : moins de montagne, plus de balades plates, moins de projets fous, plus de moments tranquilles. Mes meilleures années sont bel et bien derrière. Je ne serai plus jamais ce type de 40 ans qui se sentait invincible. C’est fini.

L'avenir m'angoisse

Ce qui me fait peur, surtout, c’est la suite. La vraie peur, celle qui me réveille parfois la nuit : finir dépendant, cloué sur un lit ou dans un fauteuil, à ne plus sortir du tout ou presque. À voir de moins en moins de monde. Parce que c’est comme ça que ça se passe, plus on vieillit, plus les gens s’éloignent. Les amis disparaissent, les enfants ont leur vie, et on se retrouve vite isolé, à regarder par la fenêtre en attendant que quelqu’un passe. Je ne veux pas de ça. Je ne veux pas devenir ce vieil homme invisible qui ne parle plus qu’aux médecins ou à l’infirmière qui vient changer le pansement.

Ça me rend un peu nostalgique du passé, je l’avoue. Je repense à tout ce que j’ai fait, aux années qui ont filé sans que je m’en rende vraiment compte. Et en même temps, ça me réveille. Parce que ces dix années en bonne santé après la retraite, je ne veux pas les gaspiller. Je ne veux pas les passer à me plaindre ou à regretter. Je veux les vivre à fond, même si elles sont moins nombreuses que ce que j’espérais quand j’étais plus jeune.

Alors je me lève chaque matin avec cette idée qui me trotte : le temps qui me reste est précieux, plus précieux que jamais. Je fais attention à mon corps, je marche, je mange mieux, je dors. Pas pour repousser l’inévitable, mais pour que ces années qui viennent soient les plus belles possibles. Parce que oui, mes meilleures années sont derrière moi… mais celles qui arrivent peuvent encore être belles, à leur manière. Plus douces, plus conscientes, plus vraies.
Et c’est déjà beaucoup.