Mon mari me rabaisse tout le temps, j’ai perdu l’estime de moi

Notre rédacteur en chef, Denis Baudry, est aussi un photographe reconnu dans la création de book de mannequin senior depuis plus de 10 ans. Pendant ses séances photos, il a rencontré des centaines de personnes de plus de 50 ans qui se sont parfois confiées à lui. Ces séances sont souvent très riches en échanges : être photographe, c’est être à l’écoute et jouer parfois le rôle de psychologue.

Denis a été surpris par le nombre de femmes qui lui ont confié ne pas se sentir jolies (alors qu’elles étaient magnifiques). Et le schéma est toujours le même : un conjoint qui les a dévalorisées pendant de nombreuses années.

C’est le cas de Marie, 61 ans, qui a accepté de témoigner.

Mon mari me rabaisse tout le temps, j’ai perdu mon estime de soi 

Pendant trente-deux ans, j’ai vécu avec un homme qui ne m’a jamais frappée. Pas une seule fois. Mais il m’a détruite, lentement, jour après jour, avec des mots.
Au début, c’était de l’humour.

« T’as encore pris un kilo, ma chérie ? C’est pour mieux te serrer contre moi, hein ? »
Il riait, les amis riaient, et moi je souriais en baissant les yeux. Puis les plaisanteries sont devenues plus précises, plus cruelles : ma façon de marcher, ma voix trop aiguë , mes idées pas assez intéressantes . Il tournait tout en dérision. Quand j’osais dire que ça me blessait, il levait les yeux au ciel : « Mais tu n’as vraiment aucun sens de l’humour… »

Avec le temps, le harcèlement moral est devenu une routine invisible. Il critiquait mes ambitions sans jamais hausser le ton. Quand j’ai voulu reprendre des études à 48 ans, il a soupiré : « À ton âge ? Tu vas te ridiculiser. » Quand j’ai parlé de créer une petite boutique en ligne, il a lâché : « Avec tes idées, on va droit dans le mur. » Chaque fois, je renonçais.

Pas par peur des coups, mais par peur de confirmer ce qu’il disait : que j’étais nulle, que je n’étais pas à la hauteur, que je n’étais plus désirable.

J’ai fini par ne plus me regarder dans le miroir. Je m’habillais en noir, je me maquillais à peine, je marchais voûtée. Je ne me sentais plus femme. Je me sentais… transparente. Mon estime de moi avait complètement disparu. J’étais devenue celle qu’il décrivait depuis des années.

Affronter la réalité

Un matin, à 58 ans, je me suis regardée dans la glace et je ne me suis pas reconnue. J’ai vu une femme éteinte, honteuse, qui ne savait même plus ce qu’elle valait. C’est ce jour-là que j’ai compris : si je restais, je ne survivrais pas. Pas physiquement, mais intérieurement.

J’ai divorcé.

Ce fut la décision la plus douloureuse et la plus libératrice de ma vie !

Aujourd’hui, je vais mieux. Mais ce n’est pas simple. Il m’a fallu presque trois ans pour oser me regarder vraiment. C’est lors d’une séance photo avec Denis Baudry que j’ai commencé à me réapproprier mon image. Pour la première fois depuis très longtemps, quelqu’un me regardait avec bienveillance, sans jugement, sans sous-entendu. Il m’a dit : « Marie, vous êtes belle. » Et pour la première fois, j’ai pleuré devant l’objectif. Pas de tristesse. De soulagement.

La solution, quitter le domicile conjugal

Pourtant, même maintenant, c’est encore fragile. Je peux voir que je suis jolie sur les photos… mais je ne me sens pas encore désirable. Je sursaute quand un homme me regarde avec douceur. J’ai encore cette petite voix dans ma tête qui murmure : « Il va finir par voir ce que ton mari voyait. »

Je sais que beaucoup de femmes de mon âge vivent la même chose. Ce n’est pas rare, c’est même effrayant de constater à quel point c’est récurrent. Le harcèlement moral, la violence psychologique déguisée en humour, la dévalorisation constante… tout ça use jusqu’à l’os. Et souvent, la seule issue, c’est la séparation.

Si vous vous reconnaissez dans mon histoire, sachez une chose : vous n’êtes pas  trop sensible . Vous n’êtes pas sans humour. Vous méritez mieux. Et il n’est jamais trop tard pour reprendre votre vie en main.

Merci à Denis d’avoir écouté toutes ces confidences pendant ses séances photo. Grâce à son regard bienveillant, certaines d’entre nous recommencent enfin à se voir… vraiment.
Marie (nom d’emprunt)

Denis reste aujourd’hui encore profondément surpris par la récurrence de ce type de témoignages. Ce que Marie décrit n’est malheureusement pas un cas isolé. Au contraire, il s’agit d’un schéma terriblement courant qu’il entend, séance après séance, depuis plus de dix ans.

Si vous vous reconnaissez dans cette histoire, sachez avant tout que vous n’êtes pas seule et que ce n’est pas de votre faute. La violence psychologique, même lorsqu’elle se cache derrière « de l’humour », est réelle et profondément destructrice.

Voici quelques conseils concrets pour commencer à reprendre le pouvoir sur votre vie

Un diner entre copine

  • Reconnaissez la situation pour ce qu’elle est : Ce ne sont pas « juste des mots ». Le harcèlement moral et le dénigrement constant abîment l’estime de soi aussi sûrement que des coups. Vous avez le droit de dire « stop ».
  • Brisez le silence : Parlez-en à une personne de confiance, à un membre de votre famille ou, mieux encore, à un professionnel. En France, le numéro 3919 (Violence Femmes Info) est gratuit, anonyme et disponible 24 h/24.
  • Prenez soin de votre image et de votre corps : Une séance photo avec un regard bienveillant (comme celles que je propose) peut être un premier pas très puissant pour vous réapproprier votre reflet. Beaucoup de femmes repartent avec les larmes aux yeux… mais cette fois, ce sont des larmes de soulagement et de fierté.
  • Entourez-vous d’aide : Un psychologue spécialisé dans les violences conjugales ou un groupe de parole peut vous accompagner dans la reconstruction de votre confiance. Vous n’avez pas à porter ce poids seule.
  • Sachez qu’il n’est jamais trop tard : À 50, 60 ou 70 ans, de nombreuses femmes retrouvent leur joie de vivre, leur désirabilité et leur épanouissement après avoir quitté une relation toxique. La séparation est souvent douloureuse, mais elle est, pour beaucoup, la seule véritable issue vers une vie où l’on se sent enfin respectée et aimée.

Vous méritez mieux. Vous méritez d’être regardée avec douceur, valorisée et aimée pour ce que vous êtes vraiment.