
À 56 ans, j’ai toujours été amoureuse de la mer. Cette immensité bleue qui me fait vibrer, qui m’appelle depuis toujours… Mais respirer sous l’eau ? Rien que d’y penser, mon cœur s’emballait comme un petit tambour affolé. L’idée de mettre la tête sous la surface avec une bouteille me donnait des sueurs froides. Jusqu’à ce voyage magique qui a tout changé.
Avec ma femme Coralie, nous nous étions offert quinze jours de pur bonheur au Club Med Columbus, aux Bahamas. Un petit coin de paradis où l’eau est d’un turquoise à couper le souffle et où le soleil caresse la peau comme une caresse bienveillante. Dès le premier soir, Coralie, avec son sourire espiègle et son air de je te connais par cœur , m’a lancé : Allez, Alexandra, fais au moins un baptême de plongée. Juste pour voir ! J’ai résisté… un peu. Puis beaucoup. Et finalement, par amour et par curiosité, j’ai dit oui.

Le grand jour est arrivé. Le matin, le cœur battant, nous nous sommes rendues au centre de plongée du Club Med. L’ambiance était déjà légère et joyeuse : des moniteurs souriants, des rires qui fusent, des odeurs de crème solaire et de sel marin. Mon moniteur, un jeune homme prénommé Lucas, m’a accueillie avec une gentillesse qui m’a tout de suite mise en confiance. Aujourd’hui, on va y aller tout doux, Alexandra. Pas de pression, juste du plaisir. Tu me dis si quelque chose ne va pas, d’accord ?
La préparation a été plus simple et plus ludique que je ne l’imaginais. D’abord, l’enfilage de la combinaison : un peu comme une seconde peau qui colle un peu, mais qui promet déjà l’aventure. Ensuite, le gilet stabilisateur et la bouteille d’air, plus lourde que prévu sur la terre ferme. Lucas m’a expliqué patiemment comment fixer le détendeur, comment respirer calmement par la bouche (et surtout pas par le nez !), les signes avec les mains pour communiquer sous l’eau : pouce en l’air pour monter, poing fermé pour ça va . Il m’a même fait répéter trois fois le geste je n’ai plus d’air pour que je me sente en sécurité. Coralie, à côté, prenait des photos en riant doucement : Tu es belle comme une sirène, mon amour !

Puis est venu le moment d’entrer dans l’eau. Nous avons marché jusqu’au petit ponton, palmes aux pieds (un peu clownesque sur la terre ferme, mais tellement pratique une fois immergé !). Lucas m’a aidée à descendre l’échelle, une marche après l’autre. L’eau était délicieusement tiède, presque comme un bain. Il m’a fait signe de mettre le masque et le détendeur, et là… j’ai pris ma première respiration sous l’eau. Un peu saccadée au début, comme si mon corps disait mais qu’est-ce que tu fais ? . Lucas a posé sa main sur mon épaule, calmement, et m’a fait le signe : ça va ? J’ai répondu oui de la tête. Et puis… miracle.
À peine quelques mètres plus loin, il m’a guidée vers le fond sablonneux, à seulement 3 ou 4 mètres de profondeur. Et là, mes premiers coups de palmes ! Oh là là, quelle sensation ! C’était comme voler. L’apesanteur a fait son œuvre en un clin d’œil : toutes mes petites douleurs au dos, celles qui me rappellent chaque matin que le temps passe, se sont envolées d’un coup. Je me sentais légère, libre, presque jeune fille à nouveau.
Lucas nageait juste à côté de moi, me montrant comment donner des petits coups de palmes réguliers, pas trop forts, pour glisser sans effort. Il me faisait des signes encourageants, pouce levé à chaque fois que je respirais bien. Je me suis surprise à sourire sous mon masque, oui, on peut sourire en plongée, même si ça fait des bulles partout !

Et puis elle est arrivée. Ma première tortue. Majestueuse, tranquille, elle glissait à mes côtés avec une grâce infinie, comme si elle venait me dire : bienvenue dans mon monde. J’en ai eu les larmes aux yeux (dans le masque, c’est un peu salé, mais qu’importe !). À cet instant précis, je suis tombée amoureuse. Accro, même.
Ce baptême n’a duré qu’une petite demi-heure, mais il a suffi à tout changer. De retour sur le bateau, j’étais euphorique, les joues roses, les yeux pétillants. J’ai sauté dans les bras de Coralie en criant : La deuxième semaine, je passe mon niveau 1 ! Et quelle aventure ça a été ensuite !

Les cours du niveau 1 ont été un pur bonheur de chaque instant. J’ai adoré me retrouver en petit groupe avec mes nouveaux camarades de plongée, tous venus d’horizons différents mais unis par la même étincelle dans le regard. On apprenait ensemble, on s’encourageait mutuellement, et je suis fière de mon évolution aquatique : le vidage de masque d’un geste fluide, le lâcher d’embout à dix mètres de profondeur… Chaque petite progression était une victoire personnelle, et cette fierté douce et profonde me faisait me sentir plus vivante que jamais.
Le plus fou ? Nager tout près d’un requin marteau pendant une plongée du niveau 1. Au lieu de paniquer, j’ai ressenti une paix profonde, une admiration totale devant sa puissance tranquille. Et puis apprendre toutes ces petites techniques qui changent tout : vider son masque d’un geste fluide, retrouver son embout à dix mètres de profondeur… Chaque fois, c’était un petit « je peux le faire ! » qui me remplissait de fierté.

Mais le plus beau cadeau reste les rencontres. Mes camarades de plongée, venus d’horizons différents, sont devenus une vraie petite famille. On s’encourageait sous l’eau, on riait de nos maladresses, et le soir, nos discussions s’étiraient souvent tard au bar du Club Med, autour d’un cocktail, à revivre nos aventures avec des étoiles plein les yeux.
À 56 ans, j’ai compris une chose toute simple : il n’est jamais trop tard pour dire oui à la vie. La mer m’attendait, et elle m’a offert bien plus qu’une certification : une nouvelle passion, une confiance retrouvée et des souvenirs qui illuminent encore mes journées, maintenant, je dois convaincre ma femme de passer son niveau 1…


