50 ans d’évolution du camping des années 1970 à nos jours

La route des vacances

Vous souvenez-vous de ces vacances d’été des années 1970 ou du début des années 80 ? On chargeait la voiture jusqu’à la limite, on partait avec la tente canadienne ou familiale, les matelas pneumatiques, la glacière, le réchaud à gaz et les chaises pliantes.

Arrivés sur place, on passait parfois deux heures à planter les sardines, à tendre la toile et à installer le camp. L’eau était souvent froide, les sanitaires collectifs et basiques, et le confort se résumait à un peu d’ombre et à la liberté de courir pieds nus. Pourtant, on en garde des souvenirs indélébiles.

On monte la tente

Aujourd’hui, le même mot  camping  évoque pour beaucoup de familles une tout autre réalité : mobil-home climatisé, lodge ou tente de glamping avec literie hôtelière, piscine à toboggans, restaurant, club enfants, spa et Wi-Fi. Entre ces deux mondes, il s’est passé une profonde révolution, à la fois dans les mentalités et dans les structures d’accueil.

Les années 1970-1980 : le règne de la simplicité et de la débrouille

Camping en 1970

Dans les années 1970, le camping familial restait encore très proche de ses origines populaires d’après-guerre. On venait surtout chercher un emplacement pour poser sa tente ou, pour les plus équipés, une caravane pliante. Les terrains étaient souvent municipaux ou modestes. Les équipements se limitaient généralement à des points d’eau, des sanitaires collectifs (parfois rudimentaires) et, dans le meilleur des cas, quelques douches.

Les sanitaires en 1970

Le matériel faisait partie de l’aventure : tentes en coton aux couleurs vives (orange, bleu, vert), tables et chaises pliantes, parasols à franges, réchaud bleu et blanc, vaisselle en plastique et glacière avec pains de glace. On cuisinait dehors, on mangeait sous l’auvent, on se lavait à l’eau froide ou tiède. Les enfants passaient leurs journées libres, les parents s’occupaient du camp, et le soir on se retrouvait autour d’une radio ou d’une conversation avec les voisins d’emplacement.

La jeunesse dans les années 1980 au camping

La mentalité de l’époque était claire : le camping, c’était d’abord une affaire de nature, de liberté et d’économie. On acceptait le manque de confort parce qu’on y trouvait autre chose : le contact avec les éléments, l’autonomie, la convivialité simple et le sentiment de vacances vraies.

Les années 1990-2000 : l’arrivée du confort et des mobil-homes

l’arrivée du confort et des mobil-homes

À partir des années 1990, le paysage commence à changer. Les caravanes se généralisent, puis les mobil-homes font leur entrée massive. Les campings s’équipent progressivement : sanitaires plus modernes, bornes électriques plus nombreuses, premiers espaces de jeux, puis les premières piscines.

Cette période marque un tournant dans les mentalités. Les Français, dont le niveau de vie a progressé, n’acceptent plus aussi facilement les contraintes du camping d’antan. Les familles ont moins de temps et d’énergie à consacrer au montage de la tente. On commence à vouloir se reposer vraiment tout en restant en pleine nature. Les structures d’accueil s’adaptent et deviennent de plus en plus des villages de vacances en plein air.

Les années 2010 à aujourd’hui : la grande montée en gamme et le glamping

La piscine du camping et ses activités aquatiques

Depuis une quinzaine d’années, la transformation s’est accélérée. On parle désormais d’ hôtellerie de plein air. La France reste le premier parc de campings d’Europe (environ 7 400 à 7 600 établissements), mais le niveau d’équipement a fortement progressé.

Aujourd’hui, près d’un camping sur deux dispose d’une piscine. De nombreux établissements proposent des parcs aquatiques avec toboggans, des restaurants, des bars, des épiceries, du Wi-Fi, des clubs enfants et même des spas. Les campings 4 et 5 étoiles se multiplient, et le glamping s’est imposé : tentes de luxe, cabanes, bungalow avec avec une literie de qualité.

Club sport enfants

Les familles recherchent désormais un séjour  tout compris : les enfants s’occupent dans les clubs et les piscines, les parents peuvent se détendre, et tout le monde retrouve un certain niveau de confort sans renoncer au cadre naturel tout en maitrisant les dépenses.

Témoignage : Jean et Monique, 72 et 70 ans

On a commencé sous la toile, on continue avec les petits-enfants, mais en bungalow !

Jean et Monique, originaires de la région nantaise, campent depuis plus de cinquante-cinq ans. Ils ont accepté de nous raconter leur histoire, celle d’un couple qui n’a jamais abandonné ce style de vacances.

On s’est connus en 1963, dans un camping municipal près de Noirmoutier. On y allait avec nos familles respectives. À l’époque, on couchait sous la tente, on se lavait à l’eau froide, on cuisinait sur un petit réchaud. Il y avait des sanitaires tout simples, parfois un trou avec une cabine en bois. Mais on était libres.

On passait des journées entières à vélo, à la plage, à jouer avec les autres jeunes du camping. C’était magique. les années ont passées, on s’est vu et on s’est perdu de vue, mais nous étions toujours amoureux même à l’adolescence. On peut dire que c’est un amour de jeunesse qui a vraiment duré.

Château de sable

Ils se marient en 1980, mais ils n’abandonnent pas le camping.  Les premières années de mariage, on a eu une petite tente canadienne. On partait tous les étés, même quand les enfants sont arrivés. On a monté et démonté des tentes pendant vingt-cinq ans. On savait faire un nœud de tente les yeux fermés. Quand il pleuvait, on s’entassait sous l’auvent et on jouait aux cartes. On ne se posait pas la question du confort. C’était comme ça, et on aimait ça.

Dans la tente au camping en 1980

Puis les enfants ont grandi, et les mentalités ont commencé à changer autour d’eux. Dans les années 90 et 2000, on a vu les campings se transformer. Les mobil-homes sont arrivés, les piscines se sont multipliées, les animations aussi. Au début, on râlait un peu. On se disait : Ce n’est plus du vrai camping. On restait attachés à notre emplacement, la peur du changement sans doute, on ne savait pas que c’était la fin d’une époque.

Déjeuner au restaurant du camping

Aujourd’hui, Jean et Monique ont quatre petits-enfants, âgés de 5 à 12 ans. Et leur regard a évolué. Maintenant, on vient avec les petits. Et là, on comprend. Eux, ils ne supportent plus de dormir sur un matelas à même le sol ou d’aller aux sanitaires collectifs la nuit. Ils veulent la piscine, les toboggans, le club enfants. Nous, à notre âge, on n’a plus envie de passer deux heures à monter une tente sous la chaleur. On loue un mobil-home confortable, avec une vraie salle de bain et une cuisine. On a même pris l’habitude d’aller au restaurant du camping un soir sur deux.

Monique sourit :  On n’a pas renoncé à l’esprit du camping. On est toujours dehors, on fait encore des promenades, on mange souvent dehors, on discute avec les voisins. Mais on apprécie le confort, surtout avec les petits. C’est plus facile pour tout le monde. Les mentalités ont changé, c’est vrai. Les gens veulent moins de contraintes et plus de services. Nous, on a suivi le mouvement, sans perdre ce qui nous plaisait depuis l’adolescence : être ensemble, en pleine nature, loin de la maison.

Un bungalow moderne

Jean ajoute :  Si on nous avait dit à 18 ans qu’un jour on dormirait dans un mobil-home avec la télé et la clim, on aurait ri. Mais la vie change, le corps aussi. Et voir nos petits-enfants s’amuser dans la piscine pendant qu’on boit un café sur la terrasse, c’est un bonheur qu’on n’aurait pas eu de la même façon sous la toile. On a adapté notre façon de camper, mais on n’a jamais arrêté. Et on n’est pas près d’arrêter.

Pourquoi les mentalités ont-elles changé ?

L’histoire de Jean et Monique résume parfaitement l’évolution générale. L’élévation du niveau de vie, la raréfaction du temps libre, les attentes des enfants (et maintenant des petits-enfants) et le désir de se reposer vraiment ont poussé les campeurs à demander plus de confort. Les campings ont répondu en investissant massivement dans les équipements et les services.

Pourtant, quelque chose d’essentiel demeure. Même dans les structures les plus équipées, la plupart des clients viennent toujours chercher le grand air, la liberté et une certaine convivialité. Le camping d’aujourd’hui n’a pas renié ses racines, il les a adaptées à une société qui veut à la fois la nature et le confort.

Des années 1970 à 2026, le camping familial a fait un bond considérable. Ce qui était autrefois une aventure un peu rude est devenu, pour beaucoup, une forme de vacances confortable et sécurisante. Certains regrettent la simplicité d’autrefois. D’autres, comme Jean et Monique, se réjouissent de pouvoir en profiter autrement, notamment avec les générations suivantes.

Une chose est sûre : le camping reste profondément ancré dans la culture des vacances françaises. Il a simplement appris à grandir avec ses clients… et avec leurs petits-enfants.