La chimiothérapie et les séances de radiothérapie sont derrière soi. Pourtant, dans la chambre, rien ne reprend forcément comme avant. Un corps que l’on reconnaît moins, une fatigue persistante, des caresses que l’on redoute… Comment retrouver une intimité lorsque le désir et les sensations ont changé ?
Tout le monde me trouvait mieux. Moi, je ne me retrouvais pas

Claire, 52 ans : Après ma dernière séance de radiothérapie, Marc avait prévu un dîner. J’étais heureuse, soulagée. Mais j’avais aussi l’impression qu’une question allait bientôt se poser : quand est-ce qu’on allait refaire l’amour ? Il ne me mettait pas la pression. Je me la mettais très bien toute seule.
Dans ce récit, Claire a été opérée d’un cancer du sein trois ans auparavant. La chimiothérapie et la radiothérapie sont terminées depuis plus de deux ans, mais elle poursuit une hormonothérapie. Elle a repris le travail et ses cheveux ont repoussé. Pour son entourage, ces signes visibles semblent annoncer le retour à sa vie d’avant.
On me disait : “Tu as bonne mine !” C’était gentil. Sauf que le soir, je pouvais être épuisée. Et quand j’enlevais mes vêtements, je voyais ce que les autres ne voyaient plus. La cicatrice, ce sein différent, ce corps auquel je demandais d’avoir survécu et d’être séduisant dans la foulée. Cela faisait beaucoup.
Après une chirurgie mammaire, l’image de soi peut être bouleversée. Les sensations du sein peuvent aussi changer : certaines zones deviennent moins sensibles, d’autres supportent moins bien le contact. Ces modifications ne suppriment pas la possibilité de ressentir du plaisir, mais elles peuvent demander de découvrir à nouveau ce qui est agréable.
Marc me disait qu’il me trouvait belle. Je le croyais sincère. Mais j’aurais aimé qu’il comprenne que je pouvais être aimée par lui et ne pas encore me sentir bien dans ma peau. Ses compliments ne pouvaient pas tout régler.
J’avais envie d’être proche, mais peur que cela fasse mal
La sexualité après un cancer du sein ne dépend pas uniquement du regard porté sur une cicatrice. La fatigue, l’anxiété, les douleurs et les effets des traitements peuvent se mêler. Certaines chimiothérapies perturbent le fonctionnement ovarien ; l’hormonothérapie peut également favoriser des symptômes comme la sécheresse vaginale et les bouffées de chaleur. Toutes les femmes ne vivent pas les mêmes effets, ni avec la même intensité.
Claire : Le plus difficile à expliquer, c’était que j’avais parfois envie de lui, mais pas envie de ce qui risquait de se passer. Nous avions essayé de reprendre les rapports et j’avais eu mal. Après, j’y pensais avant même qu’il me touche.
Peu à peu, dans leur quotidien, les gestes les plus ordinaires deviennent chargés de sous-entendus. Un baiser qui dure, une main sous le tee-shirt, un rapprochement dans le lit : Claire se demande si elle devra bientôt dire non.
J’avais fini par écourter les câlins. Pas parce qu’ils me déplaisaient. Parce que je ne savais plus comment dire : reste près de moi, mais je ne veux pas aller plus loin.
La baisse de libido après un cancer du sein peut avoir plusieurs causes, physiques, émotionnelles et relationnelles. Une consultation permet de les explorer sans réduire le problème à un manque d’envie ou à une difficulté de couple. Une douleur pendant les rapports mérite d’être prise en charge ; il n’est pas nécessaire de la supporter pour essayer de retrouver une sexualité.
Claire : Je pensais que j’allais devoir faire un effort. Ce qui m’a aidée, c’est de pouvoir dire que j’avais mal et de chercher une solution. Pas de devenir meilleure à le cacher.
Je croyais la protéger en ne faisant plus rien

Marc, 55 ans : Pendant les traitements, je savais à peu près comment l’aider : conduire, préparer les repas, prendre des nouvelles. Après, j’étais perdu. J’avais peur de lui faire mal, peur de choisir le mauvais moment. Alors je ne tentais plus rien.
Claire interprète ce retrait autrement. Elle imagine qu’il ne la désire plus. Lui croit lui offrir du répit. Pendant plusieurs semaines, chacun attend un signe que l’autre n’ose pas donner.
Un soir, elle m’a demandé si je n’avais plus envie d’elle. J’ai été surpris. Je pensais lui montrer du respect. Elle se sentait mise à distance. Nous vivions dans le même lit, mais pas du tout la même histoire.
Les partenaires peuvent avoir des perceptions très différentes des effets du cancer sur leur intimité. L’Institut national du cancer invite à exprimer ces inquiétudes et à ne pas laisser l’autre deviner ce que signifie un silence ou un refus.
Encore faut-il trouver un moment où les mots peuvent sortir. Dans une vidéo publiée par RoseUp, la sexologue Margaux Terrou propose d’aborder la sexualité au calme, en privé, à distance des rapports. Elle conseille de vérifier que l’autre est disponible pour cette discussion et de poser des questions ouvertes sur son vécu et ses envies. Il s’agit ici de conseils publiés, et non d’un entretien réalisé pour cet article.
Claire : Nous en avons parlé un dimanche après-midi. Habillés, dans le salon. C’était plus facile que sous la couette, au moment où l’un de nous se sentait déjà rejeté. Je lui ai dit que j’avais besoin de tendresse sans devoir décider immédiatement de la suite.
Marc : J’ai pu dire que les rapports me manquaient, mais aussi les petits gestes qu’on avait perdus. Nous avons décidé qu’un câlin pouvait rester un câlin. Cela paraît évident. Pour nous, il fallait le dire.
Exprimer un manque n’oblige pas l’autre à y répondre sexuellement. Le consentement reste nécessaire à chaque étape, y compris après des années de vie commune. Aucun partenaire n’a à accepter une pratique douloureuse ou non désirée pour préserver son couple.
Nous avons demandé de l’aide pour quelque chose de très concret
Claire : À la consultation, je n’ai pas fait un grand discours. J’ai dit : “J’ai mal quand nous essayons d’avoir un rapport, et maintenant j’appréhende.” C’était la première fois que je formulais le problème aussi simplement.
Pour la sécheresse vaginale associée aux traitements, les recommandations de l’Institut national du cancer privilégient d’abord des solutions locales non hormonales. Les hydratants vaginaux s’utilisent régulièrement ; les lubrifiants servent à réduire les frottements lors des rapports. Le choix se discute avec un professionnel de santé.
Si ces mesures ne suffisent pas, il faut reprendre la discussion avec l’équipe soignante. Un traitement hormonal local peut parfois être envisagé après évaluation individuelle des bénéfices et des risques oncologiques. Il ne doit pas être commencé de sa propre initiative après un cancer du sein. De même, les effets indésirables de l’hormonothérapie doivent être signalés sans interrompre seule son traitement.
L’aide peut aussi venir d’un professionnel de santé formé en sexologie, d’un gynécologue ou d’un psychologue, selon les difficultés rencontrées. Les soins de support font partie du parcours de soins ; la sexualité peut être abordée avec l’équipe d’oncologie ou le médecin traitant, y compris après la fin des traitements. La Ligue contre le cancer et RoseUp proposent également des ressources pour sortir de l’isolement et préparer ces échanges.
Claire : Nous n’avons pas retrouvé notre intimité en un week-end. Il y a eu des moments agréables et d’autres où j’ai préféré arrêter. J’ai aussi compris que je pouvais garder mon haut si j’en avais envie. Je n’avais pas à réussir toutes les étapes en même temps.
Marc : Nous avons appris à demander : “Est-ce que ça te plaît ?”, “Tu préfères autrement ?” Avant, nous pensions nous connaître par cœur. Maintenant, nous nous posons davantage de questions.
Des caresses, des baisers, des moments de proximité ou une sexualité sans pénétration peuvent avoir leur place, selon les envies de chacun. L’intimité ne se mesure ni au nombre de rapports ni au retour d’une pratique précise.
Claire : Aujourd’hui, il m’arrive d’avoir envie, et il m’arrive de ne pas avoir envie. Je suis surtout contente de pouvoir me rapprocher de Marc sans me demander si je vais le décevoir. L’autre soir, je me suis blottie contre lui devant une série. Nous sommes restés comme ça. Cela m’avait manqué.
Sources
- Ligue contre le cancer : Sexualité et cancer.
- Institut national du cancer : Cancers du sein : la sexualité pendant et après les traitements.
- Institut national du cancer : Recommandations sur l’hormonothérapie des cancers du sein, 2025.
- Institut national du cancer : Vie intime et sexualité.
- RoseUp — Comment parler de sexualité avec son partenaire, avec Margaux Terrou, 27 octobre 2026.
- Assurance Maladie : Bien vivre après un cancer du sein.
- Institut national du cancer : Les soins de support dans les traitements des cancers.
Note éditoriale : Claire et Marc sont des personnages fictifs. Leur récit illustre des difficultés documentées après un cancer du sein, il ne provient pas d’entretiens. Les repères médicaux et les conseils de la sexologue sont issus des sources citées.

